Après les incendies dévastateurs de l'« Été noir » des années 2019–2020, dans le Gippsland de l'Est (Victoria, Australie), des scientifiques ont découvert des flaques contenant des têtards de la grenouille fouisseuse géante du Sud — une espèce considérée dans cet État comme en danger critique d'extinction. Ces découvertes ont servi de base à un programme de sauvetage qui a abouti au retour de 53 mâles adultes dans leurs lieux d'origine, plus de cinq ans après.
La grenouille fouisseuse géante (Heleioporus australiacus) mène une vie discrète : elle passe la majeure partie de son temps sous terre, dans les sols sableux des forêts, ne remontant à la surface qu'après de fortes pluies pour se reproduire dans des plans d'eau temporaires. Les adultes atteignent la taille d'une balle de cricket et, selon les estimations des spécialistes, peuvent vivre plus de 20 ans. Cependant, le changement climatique, l'aggravation des incendies et des sécheresses, ainsi que la destruction des habitats ont fortement réduit la population — en Victoria, seuls cinq sites de reproduction sont connus.
Environ 160 têtards ont été collectés et transférés au zoo de Melbourne. Là, ils ont été élevés jusqu'à la métamorphose, et l'année dernière, pour la première fois au monde, la reproduction de l'espèce en captivité a été obtenue. Une analyse génétique a permis de sélectionner les individus à relâcher : 53 mâles, inadaptés à la poursuite du travail d'élevage, ont été rendus à la nature juste après de forts orages ayant apporté 80–100 mm de précipitations. Chaque grenouille a été marquée, et des enregistreurs acoustiques ont été installés sur les sites de lâcher pour suivre les appels.
De tels programmes d'élevage en captivité servent d'« assurance » pour les espèces rares. Ils permettent de préserver la diversité génétique et de soutenir les populations sauvages tant que les menaces — des incendies au changement climatique — ne se seront pas atténuées. Sans l'intervention de l'homme, de nombreux amphibiens risquent de disparaître sans laisser de trace, comme cela s'est déjà produit pour d'autres espèces après des incendies de grande ampleur.
Le succès obtenu avec la grenouille fouisseuse montre que même des ressources limitées et des efforts ciblés de la part des zoos et des scientifiques peuvent ramener dans l'écosystème des espèces au bord de l'extinction. L'essentiel est de poursuivre le suivi et de protéger les habitats restants.
