Dans l'Himalaya, où les glaciers ont retenu pendant des siècles d'immenses masses d'eau dans un équilibre fragile, une catastrophe récente au Népal a mis au jour la vulnérabilité de toute une région. Il y a trois semaines, l'effondrement d'un glacier a provoqué de puissantes crues qui ont coûté la vie à plus de huit mille personnes au Népal et en Chine. Aujourd'hui, les experts tirent la sonnette d'alarme : des événements similaires pourraient se reproduire dans huit pays dont le territoire est traversé par la chaîne de montagnes.
L'Himalaya et la chaîne adjacente de l'Hindou Kouch couvrent l'Afghanistan, le Bangladesh, le Bhoutan, la Chine, l'Inde, le Myanmar, le Népal et le Pakistan. Environ quarante mille glaciers y sont concentrés. Selon le rapport de la société de conseil Systemiq, seuls vingt et un d'entre eux font l'objet d'un suivi actif. La fonte des glaces et le dégel du pergélisol accentuent la menace de glissements de terrain, de ruptures de lacs glaciaires et de débordements de rivières susceptibles d'emporter des villages entiers.
La chercheuse en cryosphère Miriam Jackson souligne la nécessité d'un échange de données entre les pays. « Nous verrons de plus en plus d'événements de ce type, note-t-elle. La cryosphère change très vite, et les personnes vivant près des dangers sont de plus en plus nombreuses. » Sans surveillance conjointe ni systèmes d'alerte précoce, les conséquences pourraient être encore plus dévastatrices.

L'histoire montre que les rivières de montagne ne reconnaissent pas les frontières étatiques. Une crue commencée dans un État peut inonder les vallées des pays voisins. Au Népal, après l'inondation, la rivière Trishuli a laissé derrière elle des maisons et des champs détruits, rappelant à quel point les écosystèmes de la région sont étroitement liés. L'analogie est simple : les glaciers sont comme de vieux barrages qui perdent peu à peu de leur solidité, tandis que les populations vivent toujours plus près de leur base.
Les experts proposent des mesures concrètes : renforcer l'observation des glaciers, organiser un échange d'informations en temps réel et élaborer des plans d'évacuation. De telles mesures ont déjà porté leurs fruits dans d'autres régions montagneuses du monde, où des efforts conjoints ont réduit le nombre de victimes. Dans l'Himalaya, toutefois, des obstacles politiques et logistiques entravent encore une coopération pleine et entière.
De toute évidence, sans actions coordonnées, les risques iront croissant. Les données préliminaires indiquent une accélération de la fonte des glaces, et celle-ci ne touche pas seulement les villages de montagne, mais aussi des millions d'habitants des plaines qui dépendent des rivières prenant leur source dans l'Himalaya.
L'une des protections les plus fiables est l'échange opportun de connaissances entre les pays qui se partagent ces montagnes.




