Les compagnies pétrolières américaines sollicitent l'aide de Trump contre les normes climatiques européennes

Édité par : Alex Khohlov

Des entreprises américaines du secteur pétrogazier ont sollicité l’administration Trump afin d’obtenir un assouplissement ou un report des nouvelles réglementations européennes sur les émissions de méthane. Leurs inquiétudes sont légitimes : ces exigences pourraient, dans les faits, leur barrer l’accès à un marché stratégique.

Il s’agit du Règlement de l’UE sur le méthane, qui impose aux importateurs de prouver que le gaz livré a été extrait avec des pertes de méthane réduites au minimum. Si les premières mesures sont déjà en vigueur, les nouveaux contrats d’importation vers l’Union européenne devront, dès janvier 2027, s'aligner sur les mêmes standards de reporting que ceux imposés aux producteurs européens. À partir d’août 2030, un plafond d’intensité d’émissions de méthane sera instauré, assorti de sanctions financières en cas de dépassement.

Selon les représentants du secteur, ces exigences sont quasiment impossibles à satisfaire aux États-Unis, où le gaz issu de multiples gisements est injecté dans un réseau de gazoducs unique, rendant la traçabilité de « l’intensité méthane » de chaque lot extrêmement complexe. « Il n’y a absolument aucun moyen pour un importateur européen de déterminer qui a extrait ce gaz aux États-Unis et quelle était son intensité en méthane », a affirmé Fred Hutchison, président de LNG Allies.

L’industrie mène des activités de lobbying depuis plusieurs mois. Après l’échec des négociations directes à Bruxelles, les entreprises se sont tournées vers la Maison-Blanche. « C'est seulement après avoir échoué à faire avancer les choses là-bas que nous avons sollicité l'administration pour leur demander de l'aide », a confié sous couvert d'anonymat un dirigeant d'une grande compagnie pétrogazière américaine.

Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a soutenu ces démarches, avertissant que l’Europe s’exposait à de graves difficultés sans une réforme substantielle de ces règles. Accompagné de ses homologues d’autres pays exportateurs, il a adressé une lettre ouverte à l’UE pour prévenir d'éventuelles ruptures d'approvisionnement. Selon les données américaines, faute d'assouplissement du règlement, la quasi-totalité des importations de pétrole et une part importante des importations de gaz vers l'UE ne seront plus conformes dès janvier 2027. La position de Washington est désormais partagée par au moins onze États membres de l'Union européenne, un soutien qui ne cesse de croître.

Cependant, tout le monde en Europe n'est pas disposé à céder à cette pression. Le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jørgensen, a promis de ne pas capituler face aux exigences des États-Unis et des autres exportateurs de GNL. La ministre finlandaise de l'Énergie, Sari Multala, a déclaré que Helsinki ne voyait aucune raison de revoir ces règles. De son côté, la ministre espagnole de la Transition écologique, Sara Aagesen Muñoz, a confirmé que son pays soutenait pleinement l'interdiction du gaz russe selon le calendrier prévu, tout en soulignant que les règles climatiques devaient être maintenues.

Parallèlement, ExxonMobil et l’American Petroleum Institute réaffirment leur position : le problème ne réside pas dans la réduction des émissions elle-même, mais dans des délais irréalistes et l’absence de mécanismes de vérification. Ils préviennent qu'en l'absence de report, les importateurs se verront contraints soit de violer la loi, soit de cesser leurs livraisons — une menace prise très au sérieux.

L'Europe se trouve dans une position vulnérable. Après avoir renoncé au gaz russe en 2022, le bloc a drastiquement augmenté sa dépendance aux livraisons américaines : en janvier 2026, les États-Unis assuraient déjà un quart des importations gazières européennes, et au premier semestre 2025, le GNL américain représentait 57 % de l'ensemble des importations européennes de gaz liquéfié. À cela se sont ajoutées des perturbations dans les approvisionnements en provenance du Qatar et d'autres sources. Les pays de l'UE sont désormais face à un dilemme : préserver le climat et leur indépendance vis-à-vis de la Russie, ou risquer leur sécurité énergétique pour s'aligner sur les exigences américaines. La question est de savoir jusqu'où l'UE est prête à aller pour défendre le climat si cela doit nuire à sa propre sécurité énergétique — et à son indépendance politique.

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Sources

  • ‘Can you help us?’: US oil execs turn to Trump to topple Europe's climate rules

  • Поставки СПГ в Европу под угрозой: США настаивают на смягчении требований

  • Власти США прекратят поставки газа в ЕС из-за регуляций выбросов метана

  • 11 стран ЕС просят Брюссель отложить смягчение правил по метану, опасаясь за энергобезопасность

  • Страны ЕС встают на сторону нефтяного лобби и США, чтобы отложить новые правила по выбросам метана

  • В Испании призывают ЕС отложить запрет на российский газ

  • Sara Aagesen - Wikipedia

  • США выдвинули Европе условие по сжиженному газу

  • Fred H. Hutchison Biography - LNG Allies

  • Райт, Крис — Википедия

  • Финляндия исследует сооружение крупных и малых АЭС для производства электроэнергии и тепла

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