Sur les pentes du parc national thaïlandais de Thong Pha Phum, dans une forêt de montagne à une altitude de 950 à 970 mètres, des botanistes ont fait une découverte sinistre. Parmi les feuilles mortes, des fleurs si inhabituelles sont apparues que leur apparence aurait pu inspirer un créateur de films d'horreur : des pétales noirs, comme forgés dans du métal noir, trois appendices cornés ressemblant à des cornes, et des taches orange-rouge évoquant des yeux de démon en feu.
La nouvelle espèce a reçu un nom impressionnant — Thismia daemona. Sa description a été publiée en août 2026 dans la revue PhytoKeys par un groupe de botanistes de l'Université Chulalongkorn et de l'Université Prince de Songkla, sous la direction de Tosak Seelanan et Sahut Chantanaorrapint. La plante appartient au genre Thismia, dont les représentants sont appelés « lanternes des fées » en raison de la forme étrange de leurs fleurs. Mais contrairement aux légendes pittoresques, sa vie est extrêmement cachée : la plante passe presque entièrement sous terre, dans l'obscurité totale de la litière forestière. Sans chlorophylle, elle est incapable de photosynthèse et tire tous les nutriments nécessaires de champignons symbiotiques qui enlacent ses racines souterraines.
La découverte a choqué même les chercheurs expérimentés. Auparavant, toutes les espèces connues de la section Geomitra n'avaient été trouvées que dans les forêts tropicales de plaine constamment humides de la péninsule malaise, de Bornéo et de Sumatra. Or Thismia daemona habite une forêt de montagne saisonnière avec du bambou — un environnement beaucoup plus sec et plus frais. Cette découverte étend l'aire de répartition connue de toute la section vers le nord et démontre la flexibilité étonnante de plantes apparemment aussi spécialisées. Selon le Dr Sahut Chantanaorrapint : « La découverte de Thismia daemona dans le parc national de Thong Pha Phum a été pour nous une véritable surprise ».
Cependant, la joie de la découverte est assombrie par des chiffres alarmants. Dans la nature, une seule population est connue — moins de 50 individus sur une superficie de moins de 0,05 kilomètre carré. Selon l'évaluation de la communauté botanique internationale, la nouvelle espèce est déjà classée comme gravement menacée. Le danger est aggravé par le fait que la population rare existe sur le territoire d'un parc touristique populaire. Même le piétinement accidentel des sentiers ou une légère modification de l'humidité du sol pourraient détruire le dernier habitat connu de l'espèce, et avec lui Thismia daemona elle-même.
De telles découvertes rappellent à quel point un miracle de la nature peut être fragile. La survie de ce démon souterrain nécessite non seulement une interdiction de cueillette, mais aussi une stratégie à long terme. Le Dr Chantanaorrapint souligne la nécessité d'une collaboration avec la communauté locale et la mise en œuvre du concept de l'UNESCO « L'Homme et la biosphère » — une approche qui harmonise la protection de la biodiversité avec la participation des populations, y compris un écotorisme réfléchi qui ne perturbe pas le fragile équilibre du monde souterrain.
