Dans le village de Behbeit el-Hagar, dans le gouvernorat de Gharbia, au cœur du delta du Nil, un habitant est tombé sur un bloc de pierre couvert de hiéroglyphes près de chez lui. Au lieu de ne pas prêter attention à cette découverte, il l’a signalée au service des antiquités. Cette décision a déclenché une série d’événements qui a conduit à une découverte archéologique inattendue.
Des spécialistes du Conseil suprême des antiquités ont mené des fouilles de sauvetage et mis au jour des fragments de deux statues royales colossales. Le détail le plus saisissant est une tête de près de 1,6 mètre de haut, représentant le pharaon coiffé de la double couronne, symbole de l’unité de la Haute et de la Basse-Égypte. D’après les proportions de la tête, les archéologues estiment que la statue mesurait environ 8,5 mètres de haut, socle compris.
La partie supérieure d’une deuxième statue, longue d’environ 2,4 mètres, a été découverte à proximité. Elle a conservé ses traits du visage et la coiffe royale traditionnelle, le némès. Les traits des deux figures présentent une ressemblance marquée, ce qui laisse penser que la seconde statue représente elle aussi Ramsès II. À un mètre de celle-ci, les archéologues ont trouvé un bloc de granite rose de 1,3 mètre de long, sur lequel sont conservés les titres du pharaon : « Nesout-bity » — « Roi de Haute et de Basse-Égypte » — et « Sa-Rê » — « Fils de Rê ».
Ramsès II, qui régna au 13e siècle avant notre ère, est connu pour les vastes chantiers qu’il fit entreprendre dans toute l’Égypte. Les statues colossales ne servaient pas seulement à orner les temples : elles constituaient aussi une puissante affirmation politique du caractère divin du souverain. Cette nouvelle découverte dans le delta du Nil, où moins de monuments ont été préservés qu’à Thèbes ou à Abydos, apporte de nouveaux éléments sur l’influence du pharaon dans les régions septentrionales du pays.
Il est particulièrement remarquable que cette découverte soit due à la vigilance d’un simple habitant. De tels cas montrent combien les communautés locales jouent un rôle essentiel dans la préservation du patrimoine : sans ce signalement rapide, le bloc aurait pu passer inaperçu ou être endommagé. Les experts poursuivent l’étude du contexte des découvertes afin de comprendre comment les statues s’inscrivaient dans les constructions anciennes du site.
De tels fragments permettent de mieux se représenter l’ampleur de la présence visuelle du pharaon dans la vie quotidienne des anciens Égyptiens. La taille des statues, conçues pour impressionner de loin, témoigne d’un système élaboré de propagande et de symbolisme religieux qui imprégnait toute la société.
Ces découvertes rappellent que prêter attention aux pierres ordinaires jonchant le sol peut ouvrir de nouvelles pages de l’histoire d’une civilisation tout entière.
