Le mythe selon lequel tous les chemins mènent à Rome est depuis longtemps devenu un symbole de la grandeur impériale, mais une analyse récente de l'ancien réseau de transport révèle une tout autre image. Deux cités grecques — Corinthe et Thessalonique — se sont révélées être parmi les nœuds les plus importants des itinéraires terrestres de l'Empire romain, laissant passer par elles plus de trafic que bien d'autres centres, y compris la capitale elle-même.
L'étude, publiée dans Nature Communications, s'appuie sur une carte numérique de près de 300 milliers de kilomètres de routes romaines. Les chercheurs ont appliqué les méthodes de l'analyse de réseau à 10,5 milliers de carrefours et à 14,9 milliers de segments. Ils ont évalué dans quelle mesure chaque cité servait d'intermédiaire dans le déplacement des personnes et des marchandises par voie terrestre, à l'échelle des provinces et de tout l'Empire.
Corinthe, dans la province d'Achaïe, et Thessalonique, en Macédoine, se distinguaient comme des centres dominants : les routes de ces provinces s'organisaient autour d'un point clé unique, au lieu d'être réparties uniformément. Les deux cités alliaient une position commode sur terre à un accès à la mer, ce qui renforçait leur rôle dans le commerce et le mouvement des troupes. Antioche, Ancyre et Byzance figuraient également parmi les cités les mieux connectées — toutes surpassaient Rome par l'efficacité de leurs itinéraires terrestres.
De tels résultats remettent en question la représentation habituelle d'une structure centralisée de l'Empire. Les capitales provinciales se trouvaient souvent mieux placées pour les déplacements locaux et régionaux que la capitale elle-même. Rome restait un point de croisement important, mais ni le seul, ni toujours le plus efficace.
Les méthodes modernes d'analyse de réseau permettent de voir comment la géographie et les infrastructures influençaient la vie quotidienne des anciens : marchands, soldats et pèlerins choisissaient leurs itinéraires non pas en fonction du statut politique d'une cité, mais selon la vitesse et la commodité réelles du trajet. Cela rappelle la manière dont les algorithmes de navigation tracent aujourd'hui les routes optimales, en ignorant le prestige historique.
Cette découverte souligne que, même dans les empires centralisés, la connectivité réelle dépend souvent de nœuds locaux apparus bien avant la conquête. Les cités grecques ont conservé leur importance grâce à leur heureuse situation aux croisements de voies naturelles.
Comprendre les anciens réseaux de transport aide à mieux évaluer dans quelle mesure les infrastructures déterminent le destin des régions, aujourd'hui encore.

