Au cœur du parc naturel de la Bahía de Cádiz, sur 39 hectares du marais salant abandonné « La Esperanza », le professeur Javier Benavente se tient parmi les canaux restaurés et explique comment la recherche universitaire transforme un héritage moribond en laboratoire vivant. Ici, où l'on extrayait autrefois le sel de manière traditionnelle, on cultive désormais des microalgues et l'on étudie l'énergie marémotrice.
Depuis le milieu du XXe siècle, le nombre de marais salants actifs dans la baie est passé de 155 à quatre ou cinq. Les parcelles abandonnées perdaient non seulement leur valeur économique, mais aussi culturelle et écologique : des écosystèmes uniques disparaissaient, la biodiversité reculait. La restauration de « La Esperanza » depuis 2012, année où l'université a obtenu la concession, a porté ses fruits : le nombre de nids de gravelot à collier interrompu est passé de 30 à 104.
Benavente et la directrice du centre de recherche, Macarena Castro, ne se contentent pas de restaurer les anciennes méthodes. Ils cherchent de nouveaux modèles économiques : la culture de macroalgues, l'utilisation de la salicorne comme alternative au sel et même dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux, des expériences d'élevage semi-extensif de poissons associé au tourisme. L'objectif est de rendre les marais salants compétitifs au XXIe siècle.
L'instrument clé réside dans les accords de tutelle du territoire. L'université de Cadix a déjà conclu de tels contrats avec trois autres entreprises locales : Estero Natural, Santa Teresa et Marambay. Les scientifiques apportent le savoir et le conseil, les entrepreneurs l'exploitation pratique. Ce n'est pas de la charité, mais un calcul : sans une économie durable, les marais salants traditionnels sont condamnés à un nouvel oubli.
Le projet LIFE CUSTODIA, dans le cadre duquel l'initiative fonctionne, souligne le caractère volontaire de ces accords. Le coordinateur Víctor Gutiérrez note que dans toute l'Espagne, plus de 4600 contrats de ce type couvrent déjà près de 700 milliers d'hectares. Le succès dépendra de la capacité à concilier la protection de la nature avec un revenu réel pour les habitants.
L'image publique des scientifiques comme gardiens d'une science pure se heurte ici à la réalité : ils cherchent activement des niches de marché, car ils savent que sans retombées économiques, même les écosystèmes les plus précieux ne survivront pas. L'histoire de « La Esperanza » confirme leur approche antérieure : la recherche ne fonctionne que lorsqu'elle trouve une application pratique.
Comme dans le vieux proverbe espagnol selon lequel « la mer ne pardonne pas à ceux qui l'oublient », les scientifiques de Cadix rappellent que la préservation du patrimoine exige non seulement la mémoire, mais aussi un renouvellement constant. Sans cela, même les marais salants les plus anciens se transforment en musée à ciel ouvert.
L'initiative dépasse déjà les limites de la région : en mars 2027, des journées nationales de tutelle du territoire se tiendront à Chiclana, et le projet prévoit de former 300 spécialistes et de publier trois documents politiques pour l'Europe. Ce n'est pas une simple histoire locale : c'est un modèle montrant comment la science peut redonner vie aux coins abandonnés, à condition qu'elle trouve un langage commun avec ceux qui sont prêts à en tirer profit.

