Quand les yuans poussent sur les branches : pourquoi les banquiers chinois se muent en botanistes

Édité par : An goldy

Quand les yuans poussent sur les branches : pourquoi les banquiers chinois se muent en botanistes-1

En août 2026, la Chine s'apprête à conclure un travail de longue haleine sur la taxonomie nationale de la biodiversité. Ce document novateur couvre à la fois la flore et la faune, et intégrera le Code environnemental unifié, un acte législatif majeur regroupant plus de trente lois environnementales antérieures, dont l'entrée en vigueur est prévue pour le 15 août. Derrière ces chiffres se cache une tentative audacieuse : transformer les outils financiers en leviers pour sauver la nature, en intégrant la préservation des écosystèmes directement dans le système bancaire.

Un projet pilote a déjà été mis à l'épreuve dans 26 provinces et municipalités. La logique est simple : les banques ont reçu des critères clairs leur permettant de distinguer les projets « favorables à la biodiversité » du reste de leur portefeuille.

Il s'agit notamment de la foresterie durable, de la restauration des zones humides, de l'agriculture biologique et de solutions d'ingénierie – comme la construction de centrales solaires marines qui servent simultanément de récifs artificiels et d'abris pour la faune marine. Chaque projet est évalué selon deux ou trois indicateurs mesurables, ce qui permet aux financiers de prendre des décisions sans nécessiter un doctorat en écologie.

Une attention particulière est accordée à la reforestation. Le nouveau plan quinquennal pour les forêts et les prairies (2026-2030) fixe des objectifs ambitieux : porter le taux de boisement à 25,8 % d'ici la fin de la période et augmenter le volume de bois sur pied à 22,4 milliards de mètres cubes.

Parallèlement, un système d'alerte précoce est mis en place pour 165 espèces de plantes et d'animaux menacées d'extinction – des orchidées rares au léopard de l'Amour. La taxonomie confère un poids financier à cette protection : des prêts à taux d'intérêt réduits sont accordés à ceux qui augmentent réellement la population des espèces protégées et l'étendue de leur habitat.

La province du Hubei, traversée par le Yangtsé, illustre le fonctionnement de ce mécanisme en pratique. Fin du deuxième trimestre 2025, le volume des prêts « favorables à la biodiversité » octroyés dans cette province a atteint 226 milliards de yuans, soit une croissance spectaculaire de 31 % en seulement six mois.

Ces fonds ont été alloués à la réduction des déchets chimiques dans les vergers d'orangers de Zigui et au premier crédit forestier durable certifié selon les normes internationales à Shiyan. Ces projets ne se contentent pas d'agir sur le sol et l'eau ; ils soutiennent des biocénoses entières, dont dépend la survie de milliers d'espèces d'insectes, d'oiseaux et de mammifères.

La Chine a déjà prouvé la viabilité des taxonomies financières par l'exemple des obligations vertes. Après l'introduction du catalogue en 2015, les institutions financières chinoises ont pris, dès l'année suivante, la tête mondiale en matière d'émission d'obligations vertes – un instrument que des dizaines de pays imitent aujourd'hui.

Désormais, un mécanisme identique est adapté pour la biodiversité. Ma Jun, qui a dirigé le bureau de recherche de la Banque populaire de Chine de 2014 à 2017 et dirige actuellement l'Institut de finance et de durabilité, estime qu'après une période d'application volontaire, la taxonomie pourrait devenir obligatoire pour la déclaration de toutes les organisations de crédit. La comparaison des indicateurs « verts » et « biodiversité » entre les banques créerait alors un puissant incitatif interne à la concurrence en matière de responsabilité environnementale.

Le Code environnemental unifié, qui intégrera la taxonomie, simplifie les règles pour tous les acteurs du système financier, des plus grandes banques d'État aux petites organisations de crédit régionales. Au lieu d'une mosaïque de lois disparates et d'instructions ministérielles, émerge un système logique unique où l'avantage financier est directement lié à la préservation de la nature. Il ne s'agit pas d'une simple réforme bureaucratique ordinaire, mais d'une refonte radicale des fondements mêmes de l'incitation économique.

Lorsque les banques commenceront à suivre non seulement les profits, mais aussi le nombre d'espèces protégées dans leurs portefeuilles d'investissement, la protection environnementale cessera d'être l'affaire d'enthousiastes et d'organisations caritatives. Elle deviendra une partie ordinaire et routinière de la planification financière, non moins importante que le calcul de la marge d'intérêt ou l'évaluation des risques de crédit. C'est alors que la protection de la Terre passera de l'exception à la règle.

9 Vues

Sources

  • China set to finalise biodiversity taxonomy

  • Dr Ma Jun - Ecosperity

  • Prof. Ma Jun - HKU Business School

  • Зелёные облигации в Китае: современное состояние и перспективы развития

  • ACRA: Краткое описание китайского рынка облигаций

  • Природа России: Экологический Кодекс Китая

  • ИНФРАГРИН: Экологический Кодекс

  • Китай обнародовал толкование Кодекса об экологии и окружающей среде

  • Ma Jun - OECD Events

Lire plus d'articles sur ce sujet :

Fewer than 200 of these plants are left alive, and every one of them grows in a single patch of gravel in Namibia. Lithops werneri is known as a living stone. It survives by looking almost identical to the pebbles around it, growing in an area of just 4 square kilometres in the

Image
Reply
Avez-vous trouvé une erreur ou une inexactitude ?Nous étudierons vos commentaires dans les plus brefs délais.